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Seul le vent de la liberté…

 

 

Six mille avocats ont prêté serment et se sont inscrits au barreau de Paris depuis 5 ans. Soit presque un tiers d’entre nous ; nous les connaissons peu.

 

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Qu’attendent-ils de nous ?

 

Autant de questions simples auxquelles il est préférable de tenter de répondre quand on prétend dessiner la profession de demain.

 

On n’a pas le sentiment qu’ils ont été jusqu’ici beaucoup entendus ; encore moins consultés.

 

Ce serait pourtant utile. Rien ne paraît plus dangereux que de penser pour eux, et à leur place.

 

Ils nous ressemblent et tout nous sépare.

 

Passons vite sur ce qui nous unit : ils ont fait le choix de l’indépendance, du risque et de l’exercice d’une profession qui a un sens. Bien.

 

Mais ils sont nés dans un monde qui était déjà un village, ou qui l’est devenu très vite sous leurs yeux.

 

D’un côté le papier journal, le vinyle et la splendeur de la littérature française ; de l’autre internet, la high tech et penser en anglais : quand on y regarde de plus près c’est infiniment plus nuancé et enchevêtré mais la trace profonde est là.

 

Difficile de voir le monde comme eux et pourtant – question de génération – c’est nous qui assumons les responsabilités qui les concernent. Réduire ce fossé est une exigence qui s’impose : cela passe par un examen sans concession de ce qui a été fait, et était supposé l’être dans leur intérêt.

 

Il suffit de prêter attention à ce qu’ils disent sur la formation initiale, l’entrée dans la profession, les perspectives d’avenir ; ou ne disent même pas, tellement le sujet leur apparaît indifférent, sur les institutions qui gouvernent la profession.

 

Pour eux, la formation initiale est d’un autre âge.

 

Bien sûr, du côté de ceux qui ont œuvré pour l’améliorer, on peut s’autocongratuler des progrès – parfois réels – accomplis ; mais ceux qui l’ont subie n’en veulent pas pour leurs successeurs.

 

Ils ont vécu la suppression du stage et allongement d’une scolarité qui dure désormais dix huit mois.

 

Scolarité, école, obligations archaïques sont pour eux une régression.

 

Après cinq ou six ans d’études de droit complétées pour un grand nombre d’entre eux par une autre formation, la nécessité de résultats toujours, la découverte de l’autonomie, bref alors qu’ils deviennent adultes, il leur faut s’ennuyer pendant un an et demi.

 

Ecoutez-les : ils ont envie et parfois besoin parce qu’ils ont des charges de famille de travailler plus tôt. Trois mois effectifs, six peut-être suffiraient : est-il nécessaire de passer six mois dans une juridiction pour comprendre son fonctionnement ? Pourquoi être obligé de geler six mois de son temps, dont à peine la moitié occupé par des cours à l’EFB ? Pourquoi être contraint de faire semblant de s’intéresser à ce qui n’offre intrinsèquement aucun intérêt (ah, la beauté de l’incident de communication de pièces devant le juge de la mise en état…) et auquel l’immense majorité d’entre eux ne sera jamais confronté.

 

Arrêtons là : la liste est longue.

 

Un mot quand même sur ce qui demeure spectaculaire : l’obligation d’assister aux cours à l’EFB et la menace de sanction pour absence sont vécus par tous, et à juste titre, comme un summum d’infantilisme.

 

Qui n’a pas encore compris que celui qui se forme bien est celui qui sait ce qu’il cherche et pourquoi ?

 

Venant d’avocats, par définition plus épris de liberté que d’autres, et à moins d’avoir un goût insurmontable pour le paradoxe, c’est fascinant. Et cela en dit long sur la confiance qu’on les concepteurs de cette formation dans les enseignants et dans ceux à qui ils s’adressent.

 

Quand l’école est vécue comme un parking imposé, trop long et trop cher, il est urgent de tout revoir. On peut avancer vers autre chose, sans crainte et avec une certitude rassurante : cela ne pourra pas être pire.

 

Dans ces conditions, et quelles que soient les difficultés à affronter, l’entrée dans la profession est une délivrance.

 

A cet instant c’est beaucoup plus simple de se mettre à leur place : ils sont nous à nos débuts.

 

La seule chose qui les intéresse c’est de réussir – heureusement – et ils ont confiance en eux ; sinon ce n’est pas la peine de commencer…

 

A part un stage - le stage n’existe plus il faut dire aujourd’hui emploi, c’est mieux non ? – de qualité, qui détermine, on le sait tous, leur avenir, ils ne demandent rien.

 

La liberté leur suffit.

 

C’est pour cela qu’ils sont devenus avocats.

 

Qu’on ne vienne pas leur dire qu’il s’agit d’une vision romantique.

 

Pour la majorité d’entre eux, c’est tout simplement la vie. Telle qu’ils la veulent. Les autres ne seront plus avocats dans un, trois ou cinq ans…

 

La liberté leur suffit. En une phrase, tout est dit.

 

Ils n’attendent rien d’autre d’un ordre – c’est cela la régulation par nous-mêmes – qu’il garantisse leur indépendance. D’esprit et d’action.

 

Le seul combat qui vaille la peine d’être mené pour eux est celui-là.

 

Crise économique, crise d’identité, Président de la République élu pour réformer (et donc commission Darrois…), il n’y a jamais eu de plus belle opportunité.

 

Si le but est identique, que l’on soit avocat à Brest ou à Cagliari, à Saint-Gaudens ou à Francfort, finies les solutions identiques et uniformes.

 

Ce qui a été pensé, il y a quinze ans, doit être pensé autrement.

 

Avocats à Paris, il nous faut peser de toute notre force pour que : comme le font toutes les grandes écoles ou universités à l’écoute du changement, les règles de formation initiale, ou continue, soient décidées par nous ;